Bien sur toute les questions que posent ce parti ne sont pas dénuées de sens, mais c’est en débâtant et en expliquant que l’on parviendra à faire reculer l’extrême droite, pas en refusant la discussion avec un parti, qui soit dit en passant est tout à fait légal.

L’une des propositions fortes du FN est que l’on peut, et que l’on doit être xénophobe au nom de l’État social.

Le postulat est simple, puisque les finances publiques vont mal, il faut protéger le modèle social français en traquant les fraudeurs mais aussi et surtout les étrangers. La lutte contre ceux qui abuseraient des différents systèmes de protection sociale, les africains, les maghrébins, les roms est donc devenu l’un de cheval de bataille du FN. Pourtant, la réalité sociale est bien différente et s’accorde mal de cette vision des choses car les populations roms et étrangères sont celles qui ont le plus de difficulté à accéder aux soins en France. Pour toucher le revenu de solidarité active (RSA), un étranger doit prouver qu’il réside en France depuis au moins cinq ans et que son titre de séjour lui permet de travailler.

Alors me direz vous pourquoi cette idéologie à-t-elle tendance à devenir dominante dans notre société ?

Peut-être parce qu’elle permet, de manière simpliste, d’associer et de lier maintien de la protection sociale et rejet des étrangers. Plus dangereux encore, elle légitime une politique d’exclusion, qui sans cela se heurterait à la réprobation d’une partie de la population. Car il ne s’agit pas de rejeter l’étranger au seul motif de sa race ou de sa couleur de peau, mais en vertu d’un objectif bien plus noble et bien plus vertueux : sauvegarder le modèle social français. Le programme du FN est limpide à cet égard : « pour restaurer l’équilibre des comptes sociaux en donnant la priorité aux français, il faut instaurer un délai de carence d’un an de résidence continu en France et de cotisation avant de bénéficier de tous les avantages de la sécurité sociale, supprimer l’aide médicale de l’Etat réservée aux migrants clandestins (AME), créer un observatoire des droits sociaux des étrangers et de l’usage des conventions bilatérales de soins ».

Jean-François Copé, président de l’UMP n’a lui non plus pas hésiter à demander la suppression de l’AME parce qu’ « il y va de la survie du système français de protection sociale ». Galvauder et tirer profit d’un cause noble comme la protection sociale pour mobiliser contre un soi disant ennemi est caractéristique des droites extrêmes, et c’est malheureusement un procédé qui a fait ses preuves. On aurait aimé un peu plus de retenue du représentant de la droite décomplexée, même si lui non plus n’en est pas à son coup d’essai, souvenez vous du petit pain au chocolat ! Si l’on adhère à ce principe, la situation devient donc paradoxale, car il s’agit ni plus ni moins que d’exclure au nom de la défense du modèle social.

Évidemment, notre société ne peut plus se passer d’un véritable contrôle de l’immigration, mais doit on pour autant laisser des partis politiques, quels qu’ils soient, partir en croisade et traquer l’assistanat tout simplement parce que l’immigré serait le fossoyeur de l’État social. Certes non, car insidieusement cette lutte contre la fraude risque de devenir un véritable problème d’identité nationale, entre d’un côté les bons français vertueux et respectueux des lois, et de l’autre les méchants immigrés roublards et voleurs qui profitent de tout. Néanmoins, même si notre société n’est pas si manichéenne que ça, l’idée fait tout doucement son chemin. Plus grave encore, le FN cherche à la propager chez les fonctionnaires, car si bien sur si les salaires ne sont pas revalorisés, si les droits à la retraite se durcissent, si les suppressions d’emplois continuent, si les conditions de travail se détériorent … c’est de la faute des étrangers qui profitent sans honte et sans vergogne d’une protection sociale plus que clémente.

Un bon nombre d’agents publics, de bonne foi sans doute, et sans racisme aucun, adhérent à ces principes, convaincus qu’ils sont de lutter contre les abus et faisant ainsi œuvre de salut social. Pourtant, ils se trompent, car si il y a un déficit abyssal de l’État social c’est d’abord et surtout parce que les caisses sont vides. Elles le sont parce les difficultés de financement résultent des multiples exonérations et dérogations consenties aux plus puissants, et aux moyens qu’ils mettent en œuvre pour échapper à leur obligation.

L’ennemi n’est donc pas celui désigné, mais il est vrai qu’il à les moyens de se défendre, lui.

Au-delà du pur débat idéologique, on est donc en droit de se demander pourquoi l’État ne contrôle t-il pas plus les entreprises fiscalement protégées et les plus fortunés ? Peut-être pourrions-nous ainsi réaliser un joli coup double : sauvegarder notre modèle social et faire vaciller l’édifice qu’est en train de construire avec une extrême minutie, l’extrême droite en France.

Jean-François Balland
Coordonateur Régional fonction publique UNSA.